C’est avec un certain émoi qu’à Vienne où la CNR a modelé le paysage avec le barrage de Reventin-Vaugris et les nombreux aménagements le long du fleuve qu’on a appris que l’actuelle présidente, Elisabeth Ayrault s’apprêtait à quitter la présidence de l’entreprise qu’elle dirigeait depuis huit ans. Pour raison de santé. Au moment où en principe, la concession devrait être prolongé. Son successeur est dans les tuyaux.

“C’est avec émotion et responsabilité que j’ai pris la décision de quitter mes fonctions, en raison de problème de santé”. Telle est l’annonce qu’à faite Elisabeth Ayrault, 65 ans, la présidente du directoire de la Compagnie Nationale du Rhône à son conseil.

Cette démission sera effective le 28 septembre prochain.

Une démission non attendue qui tombe à un moment-clé pour l’entreprise qui est le leader français de l’électricité renouvelable.

Renouvellement

Le Conseil d’Etat doit en effet se prononcer dans les jours qui viennent , en principe en faveur de la promulgation du 9ème avenant confirmant la prolongation de la concession du Rhône à la CNR. Lui confiant alors dans ce cas la poursuite des trois missions qui lui ont assignées : la production d’électricité, au premier rang, bien sûr ; le transport fluvial, ensuite et l’irrigation des terres agricoles.

Une prolongation attendue car déjà inscrites dans le plan stratégique CNR 2030 élaboré par Elisabteh Ayrault et ses équipes “qui ouvrira une nouvelle séquence de développement soutenue au service de la transition énergétique et écologique, des territoires et de la relance.”

Parmi les engagements pris par la CNR : 500 millions d’euros de travaux sur le Rhône : écluses, aménagements du territoire et notamment un projet de nouveau barrage à Saint-Romain-de-Jalionas en Isère

Les enjeux du devenir de la CNR ne sont pas minces. Ils sont à la fois reliés à l’économie et au changement climatique.

Ces enjeux avaient été évoqués en décembre 2019, lors de sa dernière prise de parole publique avant la pandémie, lors des vœux de la CNR à Lyon.

Il y a d’abord l’avenir et le développement du transport fluvial sur le Rhône : malgré tous les efforts de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), le transport fluvial de marchandises n’a pas cessé de régresser ces dernières années, sauf en 2019 où il a connu une belle croissance.

C’est la raison pour laquelle ce regain de trafic constaté en 2019 (+ 8 %) aurait pu constituer l’annonce d’un retournement, si dans la foulée n’était pas survenu le Covid-19 et les confinements.

« On peut peut-être y voir un signal intéressant, mais il faut faire très attention et être prudent sur ces chiffres : il faut voir la croissance sur le long terme », avait alors tempèré Elisabeth Ayrault.

Pour cette dernière, le potentiel du trafic fluvial sur le Rhône pourrait être beaucoup plus important. « Le fleuve est aménagé pour accueillir un trafic multiplié par cinq », avait-elle alors lancé.

Parmi les raisons de cette désaffection : le fait que l’on ne calcule pas le vrai coùt du transport de marchandises par la route. Pour Elisabeth Ayrault, si on prend en compte toute la chaîne de valeur : la pollution, la santé, la dégradation des infrastructures, les accidents, etc. ; « le transport routier revient en réalité cher, plus cher que les voies fluviales. »

Et de lancer, alors : « Si l’on raisonne sur le coût global, le Rhône s’imposera à terme, comme dans le Nord de l’Europe : il nous faut considérer l’intérêt général de ce fleuve. »

Au final, alors que les grands ports du Nord de l’Europe comme Anvers ou Rotterdam envoient près de 50 % de leurs marchandises sur les fleuves, Marseille ne voit transiter sur le Rhône que 6 % des containers.

La procédure de succession déjà lancée

Encore faudra-t-il qu’il reste suffisamment de débit à plus long terme au sein du fleuve, du fait du bouleversement climatique pour permettre le transport fluvial et maintenir la production d’électricité à son niveau actuel.

Les études scientifiques réalisées à la demande de la CNR « donnent une diminution du débit du Rhône  de 10 à 40 % d’ici 20150 », avait alors précisé Elisabeth Ayrault.

D’où l’initiative prise par la présidente qui avait créé l’IAGF (Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves) qui réunit les acteurs des grands fleuves dans le monde, pour défendre lesdits grands fleuves et que préside l’écrivain Erik Orsenna.

Tels sont les grands enjeux auxquels devra se consacrer la future présidente ou le futur président : la procédure de nomination a été engagée. Cette nomination doit ensuite être validée par le président de la République.

(*) La CNR est détenue à 50 % par Engie, 33 % par la Caisse des Dépôts et à 17 % par 183 collectivités locales.