Deux femmes aussi fortes que leur voix est puissante. Tels étaient les deux points communs des deux plateaux proposés mercredi 1er juillet sur la scène du théâtre antique : la Canadienne Molly Johnson au répertoire à l’origine pop, puis s’orientant rapidement vers le jazz et le blues qui ouvrit la soirée ; et la Franco-comorienne Imany en 2ème partie, oscillant entre la pop et la soul, aux fortes colorations féministes.

Crinière blanche, robe jaune et fleur jaune à la main, la Canadienne Molly Johnson devant près de 5 000 festivaliers illumine d’abord la scène de son sourire, ses paroles prononcées avec douceur entre les morceaux, contrastent avec sa voix puissante de mezzo-soprano groovy, reconnaissable entre toutes.
Cette voix pleine de chaleur apparaît à 67 ans comme intemporelle. Elle porte à la fois puissance et finesse et son interprétation pleine d’élégance laisse toujours sa trainée d’émotions.

Ça balance tout autant du côté des trois musiciens qui l’accompagnent avec de fréquentes et marquantes envolées enthousiasmantes du pianiste Michel Shand qui assure sur son Steinway.

Affichant son retour à Vienne, depuis son dernier passage en…2004, présentant sur scène son dernier album Talk to me, tout juste sorti le 26 juin, la chanteuse Canadienne alterne ses propres compositions avec quelques standards dont une « Ode to Billie Joe » vibrante.

Un joli moment au cours duquel Molly Johnson qui n’a plus rien à prouver, mais entend en revanche tout simplement éprouver, a gravé sur les pierres du théâtre antique une sensation de sérénité groovy.
Imany : « Women Reserve Rage »

Changement total de registre avec la chanteuse franco-comorienne Imany qui suivit ensuite sur la scène, à la voix aussi puissante que celle qui l’avait précédée.
Avant qu’elle ne fasse irruption toute de blanc vêtue, le ton était donné avec cette inscription en fond de scène « Women Reserve Rage » (« Les femmes méritent la rage », titre de son quatrième et dernier opus qu’elle entendait décliner sur scène. Un mot « Rage » que l’on retrouvait sur les t-shirts de certains de ses musiciens.

D’emblée la chanteuse plante le décor : il sera dans le sillage de #MeToo, expliquant que les femmes avaient un droit fondamental à la colère. Et qu’elle ne devaient pas la garder en elles, mais qu’il s’agissait de l’exprimer haut et fort, pour pouvoir aller de l’avant.
Mais, derrière cette harangue assurément féministe, le propos ne se révèle pas trop pesant car décliné en trois partie (rage, guérison et liberté) : Imany module en finissant sur des couleurs positives et dansantes.

Car derrière cette apparence, on retrouve une Imany bête de scène, usant de son magnétisme, sachant mener avec efficacité le show et jouer avec le public dans un style très personnel où se conjuguent la soul, l’électro, mais aussi les deux cuivres qui l’accompagnent, en l’occurrence la trompette d’une Julie Varlet en verve et le trombone aiguisé de Jules Boittin qui interviennent fréquemment, donnant des couleurs jazz à la soul qui se déploie tout au long du concert.
Aucun doute, Imany dont c’était le quatrième passage à Vienne sait faire des shows calibrés au mm près, à haute intensité, avec ses doses d’émotion aux bons moments, bref, très professionnels.
C’était bien ce que le public attendait, venu, pour une grande part pour elle, en témoignaient les chansons qu’il ne manquait pas de reprendre en chœur…
PHOTOS : Philippe Sassolas


