C’est vrai que l’on était un lundi soir et qu’il y avait la Coupe du Monde, mais on aurait pu penser que les trois plateaux de qualité proposés par Jazz à Vienne, auraient attiré plus de festivaliers lundi 29 juin au théâtre antique. D’autant qu’il y avait trois bonnes raisons de s’y rendre, avec trois formations aux couleurs fort différentes les unes des autres, mais toutes trois avec le même fil conducteur, le jazz alternatif servi par une grande richesse d’improvisations.

La vedette de la soirée jour était le légendaire DJ de Detroit, Jeff Mills pas totalement inconnu car déjà venu à Vienne dans le passé.

C’est lui qui clôtura la soirée.

Cette année, son pari était d’ampleur : improvisateur né, d’une grande curiosité musicale, Jeff Mills avait pour ambition, dans le cadre de sa tournée « Tomorrow Comes The Harvest » de marier la musique électronique avec le Jazz.

Pour ce faire, le DJ affairé derrière ses machines avait à ses côtés de solides musiciens : le clavièriste Jean-Phi Dari, adepte des musiques répétitives, hypnotiques mais sachant au bon moment lancer des improvisations affûtées ; mais aussi le bassiste et guitariste Kad Hamza ; et encore et surtout une formidable Rasheeda Ali à la flûte traversière qui illumina le concert de ses impros lumineuses.

 

C’est là où la musique électronique rejoignait le Jazz : car derrière les percussions hypnotiques de plus en plus envahissantes au fil de l’avancée des morceaux, chacun des quatre protagonistes de ce concert, tissait en improvisant à sa manière, un habillage sonore à la fois spontané et en temps même savamment construit.

On comprend pourquoi, face à cette musique à la fois élaborée, mais aussi faite pour danser, une partie du public quitta les gradins pour justement danser, difficile de se maîtriser !

Et ce, alors que des sièges étaient installées ce soir là juste devant la scène, donnant du fil à retordre aux agents de sécurité n’ayant de cesse que d’empêcher les danseurs d’obstruer la vision des festivaliers au premier rang…

A savoir qu’en 2025, Jeff Mills avait enflammé les « Nuits Sonores » à Lyon dans des Grandes Locos bondées en 2025. Le fait qu’il se produise dans un festival de Jazz a-t-il effrayé son public..?

VERB confirme

C’est le lauréat du Tremplin ReZZo 2023, VERB qui a ouvert, pendant quarante minutes la soirée. Et dès les premières minutes, on comprend que le trio pas volé leur trophée.

Ce trio composé classiquement de Noam Deboille au piano, Charles Thuillier à la contrebasse et de Garcia Eto Ottou à la batterie, s’avère bien inspiré, sans imiter les grands devanciers et notamment Bill Evans. Il produit une musique élégante tout en restant sous tension, ancrée avec de fortes racines, et en tout cas, résolument contemporaine.

Une musique qui n’a rien de verbe…euse, mais qui parle bien aux oreilles…

Après un premier disque, VERB est en train d’en préparer un deuxième dont les festivaliers purent avoir un aperçu, à travers « Namasté  » ou « Route de Paris » qui expliqua Noam Deboille son compositeur, devrait figurer dans l’album à venir.

Y trouvera-t-on aussi le cri de la mouette que le contrebassiste imita à merveille avec son archet ?

Sun Ra où es-tu ?

Une des trois formations présentes ce soir là, nous laissa cependant sur notre faim.

Il s’agissait, de loin de la plus ancienne des trois formations présentes sur scène, ce soir là car elle est née… dans les années soixante/soixante-dix : le Sun Ra Arkestra, un big band américain mythique aux costumes luxuriants façon Ramsès 2, follement rétros, inspirés de l’Égypte ancienne.

Cette mise en scène laissait augurer un concert un peu fou, débridé, cassant les codes.

En fait hormis quelques morceaux frôlant le free Jazz, quelques improvisations un peu folle, les onze musiciens et la chanteuse, Tara Middleton, il est vrai tous talentueux,
enchaînèrent des morceaux illustrant une multitude d’influences, du bebop en passant par le latin jazz, le blues, etc., mais sans que l’on vibre vraiment.

Il manquait une véritable interaction, une osmose avec le public qui n’est pas venue.

Le final fut de la même eau.

Sans prévenir ou presque, les musiciens sortirent les uns derrières les autres à la queue leu leu comme pour aller mener la parade dans les gradins, pensait-on, alors ; mais non, ils retournaient simplement en coulisse…

Pas de tornade Sun Ra ce soir là

PHOTOS : Philippe Sassolas