Une centaine de spectateurs ont assisté jeudi 8 janvier à l’avant-1ère nationale du film « Rural », projeté à l’initiative de l’association Ciné-Clap, à l’Amphi à Vienne, en présence d’Edouard Bergeon, déjà connu pour être l’auteur du film « Au Nom de la Terre » aux 2 millions d’entrées.
Contrairement à « Au nom de la Terre », une fiction sortie en 2019, avec Guillaume Canet, « Rural » est un pur documentaire qu’il a réalisé presque seul.

Alors qu’il était programmé depuis plusieurs semaines, le hasard de la projection a fait qu’elle entrait en forte résonance entre les agriculteurs en colère non-syndiqués des « Agris de l’A7 », venus occuper le péage de l’A7 à Reventin-Vaugris ou ceux de la Coordination Paysanne qui campaient au même moment sur la M7 à hauteur du pont de Pierre-Bénite.
Ce qui explique qu’un certain nombre d’agricultrices et d’agriculteurs du Pays Viennois qui prirent ensuite la parole, s’étaient glissés parmi les spectateurs.
Ce documentaire d’une forte humanité nous plonge dans la vie de Jérôme Bayle, cet éleveur charismatique du Sud-Ouest et figure nationale de la ruralité depuis qu’avec ses troupes, il avait occupé pendant plusieurs semaines une autoroute dans le Sud-Ouest à la tête des « Ultras de l’A64 ».
On revit dans ce documentaire l’étonnant moment où à l’instigation de Jérôme Bayle, le 1er ministre de l’époque, Gabriel Attal s’était rendu sur place en arrière plan de bottes de paille symboliques pour rencontrer les agriculteurs déjà fort en colère.
Suicide paternel
Non syndiqué, Jérôme Bayle entendait parler à tout le monde pour faire connaître les souffrances du monde paysan, lui dont le père s’était suicidé en 2015, en raison de la pression qu’il avait subit en lien avec les mesures prises pour endiguer la fièvre catarrhale ovine qui sévissait à l’époque. Ce qui à nouveau n’est pas sans rappeler l’actuel épizootie de dermatose nodulaire et la manière dont le problème est traité, contribuant à l’exaspération du monde agricole.
Avec humour et tendresse, lui-même fils de paysan, Edouard Brejon dresse dans ce documentaire un portrait sensible de l’agriculture familiale française d’aujourd’hui et de ceux qui se battent pour la faire perdurer. Une agriculture qui est en grande difficulté, comme en témoigne le film, ce qui explique les révoltes actuelles qui perdurent sur les révoltes anciennes.
A la tête de la Chambre d’Agriculture
Et ce, à travers le portrait d’un homme chaleureux et libre qui a mené « les Ultras de l’A 64 » à la tête la chambre d’agriculture de Haute-Garonne, raflée à la FNSEA, un cas unique en France !
Au final, un film sans voix off qui ne juge pas, mais qui montre magistralement.
Il faudra attendre début mars (à partir du 4) pour voir ce film lors de sa sortie nationale.
Décrivant son film, Edouard Berjeon estime « qu’on est assez raccord avec ce qui se passe actuellement… » On ne saurait mieux dire.

