La Nuit de Blues est revenue cette année à Jazz à Vienne après avoir disparu l’année dernière. L’occasion lors de ce come-back bienvenu d’écouter trois formations fort différentes, l’une plutôt, classique dans le style électrique Chicago Blues,  l’autre menée par Fantastic Negreto, carrément métissée et la troisième, avec sur scène la blonde guitariste et chanteuse Samantha Fish, très attendue, qui n’a pas déçu lors de son premier passage à Jazz à Vienne. Une soirée qui a permis également de rendre hommage à l’ancien directeur artistique de Jazz à Vienne, Jean-Pierre Vignola, très engagé dans le Blues.

C’est la Blueswoman en vogue actuellement aux Etats-Unis. Elle n’était jamais venue à Jazz à Vienne. Et c’est donc la guitariste, compositrice et chanteuse blonde Samantha Fish que le public composé d’environ 4 000 festivaliers, pour une grande part attendait.

Elle n’arriva d’ailleurs pas les mains vides, mais lestée de son dernier opus « Paper Doll Live », le 1er album officiel de sa carrière dont elle déroula plusieurs morceaux.

Caractéristique de Samantha Fish sur scène, ses incessants changements de guitare qui cassent quelque peu le rythme, un peu énervant à force, mais aussi l’occasion pour elle d’apporter à chaque changement une nouvelle  couleur musicale.

Parmi ces instruments, on a pu notamment entendre une drôle de « cigarebox guitar » rectangulaire sur laquelle elle joua « Bulleproof », avec un son brut dégagé de toutes fioritures.

Aucun doute, celle qui s’est mise à gratter la guitare à six ans maitrise parfaitement son art, arrivée à trente-sept.

Il n’y a pas de doute à ce sujet, c’est une grande guitariste qui emmène fort loin le public dans des « impros » éclatantes.

Non seulement la blonde de la Nouvelle Orléans ne se contente pas d’être une compositrice et une guitariste virtuose, mais elle accompagne ses envolées d’une voix expressive, chaude, puissante, capable de traduire les plus infinies nuances, le tout avec une énergie qu’elle exprime à traverssa voix et avec son instrument à six cordes.

Bref, Samantha Fish se révéla, pour cette première sur scène à Vienne, une belle découverte.

Gageons qu’on la reverra. Comme la plupart de musiciens qui arpentent pour la première fois la scène du théâtre antique, elle lança, impressionnée en arrivant sur scène « It’s the oldest place il never played in my life ! »

Si Samantha Fish est l’une des voix les plus écoutées dans le monde du Blues actuellement, les deux autres formations qui la précédèrent illustrèrent l’évolution que connaît cette musique indémodable qu’est le Blues, tout simplement, comme par ailleurs le Jazz en général, parce qu’il se régénère sans cesse !

Chicago Blues Summer : dans la tradition

Ainsi, en première partie, les musiciens de la tournée estivale du Chicago Blues Summer s’inscrivirent bien dans la veine très électrique du Blues de Chicago, bien loin de celui du Deep South, marqué notamment par la présence sur scène de la jeune étoile montante Stephan Hull à la guitare accompagné d’un brillant Johnny Iguana à l’orgue Hammond qui fusionnèrent leurs talents.

Et ce, avant que la chanteuse à la forte présence scénique Sheryl Youngblood, issue du Gospel ne métisse blues et gospel à sa manière.

Le creuset Fantastic Negrito

Entre les deux plateaux, c’est encore une autre planète Blues qui s’exprima sur scène pour la première fois aussi, celle de Fantastic Negrito, triple lauréat aux Grammies Awards qui s’exprima autant avec son corps qu’avec sa voix,santant d’un octave à l’autre, vivant intensément ses chansons, métissant lui aussi le blues en le mettant au centre de beaucoup d’influences : rock, pop, mais aussi Blues issu du Delta.

L’un de ses morceaux les plus connus « Chocolate Samurai » avec son rythme sourd et son refrain simple fut repris par le public happé par ce Bluesman unique en son genre, cassant les codes.

Mais lors de cette soirée, le Blues à la papa n’a pas pour autant été rangé aux oubliettes car tout ce qui a été entendu ce soir là vient de ces fondations là.

Hommage à Jean-Pierre Vignola et au Blues

C’est ce que rappela, avant que le concert ne commence, Jean-Paul Boutellier, le créateur de Jazz à Vienne qui accompagnait sur scène Guillaume Anger, directeur artistique de Jazz à Vienne, venu présenter la soirée.

Dans son hommage à Jean-Pierre Vignola qui fut l’un des plus importants créateur artistique de Jazz à Vienne, récemment décédé, le créateur du Festival Viennois rappela comment est né le Festival : justement, suite à une mémorable Nuit du Blues !

C’était en 1980. Cette Nuit du Blues devait se dérouler r au théâtre antique rassemblant, excusez du peu, BB King, Muddy Waters et Fats Domino.

Suite à un orage, un chapiteau qui se révéla insuffisant par sa taille, fut installé dans la précipitation.

Le succès se révéla tel qu’il donna des idées et que Jazz à Vienne naissait l’année suivante…

L’occasion aussi pour Jean-Paul Boutellier de rappeler ce que Jazz à Vienne doit donc à la fois au Blues et à Jean-Pierre Vignola qui joua un grand rôle dans l’organisation de ce concert historique et fondateur.

                                                                                Photo Jazz à Vienne

C’est la raison pour laquelle on vit ce soir de la nuit du Blues, l’équipe de Jazz à Vienne revêtue d’un tee-shirt avec sa photo et accompagnée de ces mots : « Where is Jean-Pierre ? ».

On le sait en fait, il écoute du Blues…

Photos : Philippe Sassolas